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Les arts
L'expression “arts de l'Islam” (ou “art islamique”) s'applique à la production artistique ayant eu lieu depuis l'hégire (622 de l'ère chrétienne) jusqu'au XIXe siècle, dans un territoire s'étendant de l'Espagne jusqu'à l'Inde et habité par des populations de culture islamique. L'art produit dans le contexte du monde islamique présente une certaine unité stylistique, due aux déplacements des artistes, des commerçants, des commanditaires et des œuvres. L'emploi d'une écriture commune dans tout la civilisation islamique et la mise en valeur particulière de la calligraphie renforcent cette idée d'unité. D'autre éléments ont été mis en valeur, comme l'attention portée au décoratif et l'importance de la géométrie et des décors tapissants. Toutefois, la grande diversité des formes et des décors, selon les pays et les époques, amène souvent à parler plus d'«arts de l'Islam» que d'un «art islamique». […] Retracer le parcours de certaines œuvres et examiner quels impacts elles ont pu engendrer sur une culture qui ne les a pas produites, ou sur un auteur particulier, c’est aussi s’intéresser aux espaces de contact et aux procédures de transmission.». 1)

Depuis le IXe siècle, la culture arabo-musulmanne s’était dotée d’une expression artistique, notamment sous forme architecturale. Chacune des dominations qui se sont succédé en Afrique du Nord et en Espagne a laissé son empreinte. L’architecture, religieuse et civile, reflète assez fidèlement les caractéristiques du régime : majesté, magnificence omeyyade, exubérance des émirs des taifas, simplicité almoravide, harmonie almohade. Certaines formes de décor n’ont pas manqué de séduire les Chrétiens d’Espagne qui les ont transposés dans les églises, donnant naissance à une synthèse que l’on appelle l’art mozarabe. Dans les terres redevenues chrétiennes après la reconquête, en Espagne comme en Sicile, le savoir-faire musulman allié à la fascination exercée par les puissants à travers l'art a donné naissance à de nouvelles expressions que l’on qualifie de mudéjares.

Les héritages de l’art musulman médiéval sont surtout importants au Maghreb et en Espagne, ce que reflètent les grandes mosquées de Kairouan et de Cordoue.

La grande mosquée de Kairouan, réédifiée en 836, s’inscrit dans un programme qui voit la naissance des ribats, ces grands établissements militaires fortifiés de Monastir et de Sousse, celle des grandes mosquées de Sfax, Sousse et Tunis, ainsi que la ville palatine de Raqqada. Elle est néanmoins l’édifice le plus prestigieux réalisé en Ifrikiya (actuellement le Magreb). Postérieure de 50 ans à la Mosquée de Cordoue, elle en adopte «le plan méditerranéen» avec 17 nefs disposées perpendiculairement au mur de Kibla (qui indique la direction vers laquelle doit se tourner le fidèle).

L’histoire de la grande mosquée de Cordoue s’étend sur deux siècles entre la fin du VIIIe siècle et la fin du Xe siècle. Après avoir partagé l’église de Saint Vincent avec les chrétiens, les Omeyyades de Cordoue décidèrent de construire leur propre édifice sur l’emplacement même de l’église dont ils réutilisèrent un certain nombre d’éléments comme les colonnes et les chapiteaux. Connue pour être le monument de l’art le plus accompli des Omeyyades, convertie en cathédrale au XIIIe siècle, elle fut en partie transformée mais conserva un aspect que l’on qualifie «comme incrusté dans la mosquée».

La réalisation la plus intéressante pour saisir l’héritage arabe dans l’art Occidental est la chapelle palatine de Palerme. Le plafond sculpté fut l’œuvre d’artistes, sans doute musulmans. Des inscriptions arabes, de type coufique ont été conservées. L’influence de l’art musulman se manifeste en Sicile dans les édifices religieux les plus prestigieux et les plus aptes à illustrer l’éclat de la chrétienté romaine. On note des emprunts aux formules musulmanes de décoration, comme dans les arcs entrecroisés et les frises ornant les absides de la cathédrale de Palerme, ou celle de sa concurrente de Monreale. On peut également suivre ces influences jusqu’au cœur du monde latin, dans des sanctuaires pourtant éloignés comme la Cathédrale du Puy en Velay ou encore Saint Philibert de Granlieu (en Loire- Atlantique).

L’art de vivre des cours islamiques était aussi un art de la table. L’ordre des plats, la distinction entre mets salés et sucrés, dont notre gastronomie est encore aujourd’hui la lointaine héritière, sont nés en Orient, dans les pays (Irak, Égypte, Sicile) où l’on consacrait les meilleures terres à la culture de la canne à sucre. Au Caire au XIe siècle, lors des grandes fêtes, on confectionnait pour le palais du calife de subtiles figures en sucre, arbres et animaux. Cet art de vivre, qui exaltait la richesse des cours islamiques et la puissance de leurs souverains, fit une vive impression aux barons et chevaliers de la Croisade, qui le découvrirent en Orient au XIIe siècle. Le sultan Saladin, qui reconquit Jérusalem sur les Latins en 1187, est aussi resté célèbre pour les sorbets qu’il offrait en plein été à ses adversaires, préparés avec de la neige ramenée spécialement des montagnes du Liban. Un geste qui a nourri sa légende, dont s’est emparée en Occident la littérature courtoise. Au XIVe siècle encore, Saladin est l’un des héros du Decameron de Boccace. Établie à demeure dans les États de Terre sainte, aux XIIe et XIIIe siècles, la noblesse latine faisait appel aux mêmes artisans qui fournissaient ses adversaires, reprenant à son compte l’iconographie islamique ou christianisant à l’inverse le décor des objets d’art.

L'introduction du papier et la diffusion du livre ont contribué au développement de l'illustration et de l'enluminure. Ce sont les ouvrages de médecine, de zoologie, d'astrologie qui dans un premier temps sont illustrés, tandis que l'usage d'enluminer le Coran se généralise.

L'arabesque : L'ornement à “la manière arabe” est un rythme ininterrompu, une végétation irréaliste, un mouvement sans fin, une variation inlassable… Pour les hommes du désert à qui le Coran propose le paradis comme “un jardin sublime dont les fruits à cueillir seront à portée de la main” et que les voies de conquête conduisent vers les jardins de Granade et d'Ispahan, l'arabesque végétale est une promesse d'infini.

L'ornementation géométrique : Elle touche à la pure abstraction. A son propos, certains parlent d'un art de mathématiciens et d'astronomes. Peut-être parce qu'il dérive de l'ajustement et de la superposition de polygones étoilés de 6, 8, 10 ou 12 branches. Il reste que ces figures aux multiples foyers sont une invitation à contempler.

La littérature et la poésie
Il est un autre domaine, celui de l’influence de la poésie arabo-musulmane d’Al Andalus sur la poésie romane. On a pu établir que les auteurs de plusieurs chansons de geste connaissaient l’islam andalou, puisque des héros musulmans y sont mentionnés. De la même façon, on a mis en évidence des ressemblances entre la poésie soufie et certaines expressions de la poésie courtoise occidentale. Il est sans doute préférable dans ce domaine de parler d’emprunts, donnant lieu à des re-créations, plutôt que d’influences directes ou d’échanges.

Le moment est favorable à l'éclosion littéraire. Déjà, les grammairiens fixent les règles d'une langue aussi pure et proche de ses origines que possible et les premiers dictionnaires apparaissent. L'industrie du papier se développe. Les princes sont libéraux et l'aristocratie se veut mécène… Les genres littéraires fleurissent: celui de l'épître, de la nouvelle (risala), des séances (maqamat, mélanges de fiction et de réalité dont l'action renvoie à un personnage central).

La poésie s'attache à explorer des thèmes nouveaux. Al Mutanabbi (mort en 965), le courtisan orgueilleux, célèbre les grandes victoires et chante la gloire de ses protecteurs, se retournant parfois contre eux. Al Maari (mort en 1058) exprime tout à la fois, espoir, révolte et amertume du monde. Aveugle à l'âge de 4 ans, il clame le désespoir, cultive le scepticisme à l'égard des religions et de l'humanité. Abu Nuwas (mort en 815) use de son immense talent et de l'intimité des califes pour se livrer au scandale et à la provocation. Il subvertit la poésie traditionnelle et chante le vin et les amours illicites sans détours, pour les femmes et les hommes, sans contours délimités. La littérature se partage, elle se goûte en public, le soir et la nuit. Le peuple pratique, lui aussi, la palabre. Sur les places, les conteurs récitent poésie, gestes…. Le narrateur est maître du texte et de son auditoire : pour maintenir l'attention de son public, il introduit des variantes, ouvre une histoire au sein de l'histoire, interrompt le récit aux moments palpitants.

Les Mille et une nuits sont l'expression même de la littérature populaire et de colportage. Elles sont, avec le Roman d'Antar, les légendes de la mer, les complaintes de Majnun (le fou d'amour) une mémoire itinérante. L'Espagne arabo-andalouse s'épanouit. Elle crée une page et une poésie originales : Ibn Hazm (mort en 1063) qui fut aussi juriste et théologien invente les codes de l'amour courtois (Tawq al-hamâma : Le collier de la colombe, traduit chez Sindbad sous le titre : Des amours et des amants). Les troubadours seront les continuateurs de cet art de la strophe et du mélange des langues.




Pour aller plus loin


"Les littératures du monde arabo-musulman. Les littératures du monde arabo-musulman à la rencontre des littératures européennes", Katia Zakharia, Université de Lyon

"Etude de cas sur Majnoun et Leila", Ferial Ghazoul, American University in Cairo

"Amour et techniques du corps chez les raffinés d'après le livre de brocart", Makram Abbès, Ecole normale supérieure de Lyon

"Grands penseurs scientifiques, philosophiques et littéraires", Hamadi Benjaballah, Université de Tunis

"L'art poétique arabe", Makram Abbès, Ecole normale supérieure de Lyon

"Synthèses artistiques et architecturales", Michel Terrasse, Ecole Pratique des Hautes Etudes

"Changements, emprunts et échanges dans les arts visuels depuis le XIXe siècle", Sylvia Naef, Université de Genève

"The Role of Art in the Dialogue between the Islamic World and Europe", Linda Komaroff, Los Angeles County Museum of Art

"Les jardins et les paysages dans la culture arabe-musulmane", Mohamed EI Faiz, Université de Marrakech

"Les littératures du monde arabo-musulman", Katia Zakharia, Université de Lyon

1) Katia Zakharia, « Interférences littéraires entre Orient et Occident ».
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