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 ===== Lieux de savoir et d'​échange ===== ===== Lieux de savoir et d'​échange =====
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-Les lieux de brassage culturels sont les villes de passage, les centres d’études,​ les oasis, les carrefours marchands. Plus que le marché ou la mosquée, c’est dans le monde islamique le palais qui occupe le cœur de la vie urbaine. Outre ses officiers, le souverain aime à s’entourer d’hommes de religion, de science, et de poètes, dont le savoir et le talent sont les plus brillants ornements de sa cour. Le modèle du souverain protecteur des savoirs et des arts a beaucoup influencé les monarques d’Occident. Les conquêtes militaires agrègent au monde arabo-musulman d’importants centres où s’enseignent la philosophie,​ les sciences et la médecine grecques : Alexandrie d’abord, puis Bagdad, capitale de l’Empire, foyer d’une extraordinaire floraison intellectuelle,​ notamment sous le califat d’Al-Mamun qui fonde la « Maison de la sagesse ». L’empire islamique réunit de vastes espaces, de l’Espagne à la Perse et à l’Asie centrale, en passant par l’Égypte et la Mésopotamie. L’unité linguistique,​ juridique et monétaire favorise l’essor du commerce international. Les routes de l’empire mènent aux confins du monde connu, jusqu’à la Chine et les îles de la Sonde. Le Proche-Orient est alors le centre du monde. L’activité commerciale des ports méditerranéens et la cohabitation des États musulmans et chrétiens en Espagne et en Sicile entraînent une circulation des savoirs de l’Orient vers l’Occident. Les émirs et les khalifes de Palerme ou de Cordoue commandent à Bagdad des textes philosophiques et scientifiques. Au XIIe siècle, la poussée latine en terre musulmane permet aux clercs et aux savants de disposer d’un prodigieux patrimoine intellectuel en langue arabe, leur donnant accès au savoir des Grecs et des Musulmans. +
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 ===== Passeurs de savoir et de culture ===== ===== Passeurs de savoir et de culture =====
  
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-Si l’histoire a retenu principalement les noms des savants et ceux des princes qui les ont protégés, il faut tenter de reconstituer l’écosystème de transmission des connaissances arabo-musulmanes vers l’Occident et retrouver les traducteurs,​ copistes et relieurs, en somme tous ceux qui permettent aux savoirs d’éclore,​ de s’accumuler et d’être diffusés. Lettrés, hommes de science et souvent d’Église,​ ceux-ci ne furent pas de simples passeurs de textes. Leur dessein était d’assimiler de nouvelles connaissances et de les adapter à une vision du monde chrétien. L’histoire de ces adaptations est souvent difficile à établir, comme les contacts à reconstituer précisément,​ mais il ne fait aucun doute que les principaux agents de transmission et de diffusion de ces nouveaux savoirs furent des savants itinérants curieux, venus sur place s’instruire. Parmi eux,Gerbert d’Aurillac est l’un des premiers diffuseurs du savoir arabo-musulman en Occident, notamment dans le domaine du calcul sur abaque, connaissance d’origine indienne qui a permis la diffusion en Europe des chiffres dits «arabes»; Adélard de Bath fut quant à lui l’un des pionniers de la propagation d’ouvrages d’astrologie,​ avec surtout les Éléments d’Euclide;​ Constantin l’Africain,​ avec l’aide d’un petit groupe de lettrés bénédictins,​ entreprit la traduction en latin de nombreuses œuvres médicales arabes… Dans toute l’Europe occidentale,​ des lettrés apprennent alors l’arabe et s’attachent à rendre accessibles et à introduire dans l’ensemble du monde latin chrétien les apports de la philosophie et des sciences du Proche-Orient. 
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-On s’est par ailleurs rarement arrêté sur l’identité des maîtres artisans, installés dans les ateliers royaux, qui ont façonné les multiples objets d’art à l’usage du souverain et de sa cour. Venus de tous les horizons, de toutes les confessions,​ mais se convertissant souvent à l’Islam en entrant au service du prince, ils ont pourtant contribué à l’émergence d’une éblouissante culture matérielle : tapis, coffres, céramiques,​ objets de métal incrusté (bassins, plateaux, chandeliers) étaient de véritables œuvres artistiques. Ce cadre luxueux donna naissance à un art de vivre qui exaltait la richesse des cours islamiques et la puissance de leurs souverains, et produisit une vive impression sur les barons et les chevaliers des croisades. 
  
  
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-Par le biais des traductions – du grec, du persan, du sanskrit et du syriaque –, c’est tout un savoir scientifique et technique qui est transmis de l’Orient vers l’Occident. Cette double traduction de la langue-source vers l’arabe puis de l’arabe en latin institue ainsi un corpus de connaissances en quelque sorte « universel ». La civilisation arabo-musulmane a porté un regard neuf sur ces connaissances,​ se donnant les moyens de construire et de nous transmettre les chemins de la science moderne et d’une véritable reconstruction du monde. Dans le système arabo-musulman,​ les recherches scientifiques recouvrent des finalités pratiques, comme le calcul de surfaces et de longitudes, l’urbanisme,​ le calendrier…Avant Copernic (qui eut connaissance de leurs travaux), ils critiquèrent Ptolémée et postulèrent un modèle planétaire centré autour du soleil. Les Arabes inventent de nouvelles techniques utiles à l’agriculture (norias, pressoir à huile et à canne, techniques d’arpentage) comme au calcul des impôts, à la cartographie,​ à l’architecture,​ à la navigation, ou encore mettent au point d’impressionnants automates. Les mathématiques,​ divisées d’abord en deux grandes branches, les « sciences du calcul », ou arithmétique,​ et les « sciences de la mesure », ou géométrie,​ vont s’ouvrirent à ce que l’on allait appeler l’algèbre (al-jabr), théorisée par le célèbre mathématicien et astronome al-Khwârizmî (dont le nom a donné« algorithme »).L’histoire du mot « chiffre » mérite d’être évoquée : en empruntant aux Indiens leur système de numération et d’écriture de position des nombres (qui facilite grandement les opérations arithmétiques),​ les Arabes désignèrent le 0 : es-sifr, littéralement,​ le vide. Le mot fut latinisé en cephirum ; en Italie, il devint zefero, puis « zéro » ; en France, « chiffre » – pour désigner l’ensemble des caractères numériques –, et, afin de lever l’équivoque,​ le zéro italien fut retenu pour désigner la valeur nulle. C’est toutefois au XIIe siècle seulement que sous l’influence de la science arabo-musulmane l’Occident latin emploie le « calcul indien », c’est-à-dire l’arithmétique utilisant les neuf chiffres et le zéro pour effectuer les opérations fondamentales du calcul.+ 
 ===== Sciences médicales ===== ===== Sciences médicales =====
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-Aucun domaine de la culture savante occidentale n’a été plus dépendant des traductions de textes arabes que la médecine. Celle-ci stagnait à un niveau extrêmement bas en Occident, alors que dans le monde arabo-musulman,​ dès le VIIIe siècle, son essor très rapide était soutenu par la politique des califes abbassides. Un énorme effort fut ainsi fourni, comme en témoigne le médecin chrétien Hunain ibn Ishâq (808-877) qui traduisit avec ses collaborateurs près de deux cents textes grecs complétés par une « Introduction à la médecine » qui demeura le manuel de base où les étudiants trouvaient les fondements de l’œuvre écrite au IIe siècle par Galien et de nombreuses indications pratiques et thérapeutiques. En outre, la construction d’hôpitaux (Bagdad, Le Caire, Damas, Samarkand…) fournit aux apprentis médecins un cadre privilégié pour l’étude de leur discipline. La santé était définie comme un équilibre entre les qualités qui caractérisent le « tempérament d’un individu » et chacune des parties de son corps. Un déséquilibre de ces tempéraments,​ la surabondance ou la corruption de l’une des quatre humeurs que sont le sang, la bile, le phlegme et la mélancolie,​ entraînent la maladie. Les traitements consistent à rétablir la pondération initiale par la prescription de remèdes et d’une alimentation choisie. Cette théorie dite des  «quatre humeurs» s’installa durablement en Occident, éloignant de manière décisive toute interprétation exclusivement religieuse de la maladie. 
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-La grande figure du génie médical est bien sûr Avicenne (Ibn Sinà, 980-1037), à qui l’on doit plus de cent ouvrages médicaux et philosophiques. Son Canon, monumentale encyclopédie traduite en latin dès le XIIe siècle par Gérard de Crémone, puis publiée en Europepour la première fois en 1473, présente et classe près de huit cents remèdes et contient des termes arabes passés dans toutes les langues : alambic, alcool, benjoin, benzène, élixir, soude, talc, ambre, safran, santal, séné… 
  
  
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-Depuis le IXe siècle, la culture arabo-musulmane s’est dotée d’une expression artistique, notamment architecturale. Chacune des dominations qui se sont succédés en Afrique du Nord et en Espagne a laissé son empreinte. L’architecture,​ religieuse et civile, reflète assez fidèlement les caractéristiques du régime : majesté, magnificence omeyyade, exubérance des émirs des taifas, simplicité almoravide, harmonie almohade… Certaines expressions décoratives n’ont pas manqué de séduire les chrétiens d’Espagne qui les ont transposées dans les églises, donnant naissance à une synthèse que l’on appelle l’art mozarabe. Dans les territoires redevenus chrétiens après la reconquête,​ en Espagne comme en Sicile, le savoir-faire musulman a donné naissance à de nouvelles expressions,​ dites mudéjares. Les héritages de l’art arabo-musulman médiéval se reflètent dans les grandes mosquées de Kairouan, de Cordoue, ou encore dans la chapelle palatine de Palerme. En Sicile, on note au sein des édifices religieux les plus prestigieux des emprunts aux formules musulmanes de la décoration,​ comme dans les arcs entrecroisés et les frises ornant les absides de la cathédrale de Palerme, ou celles de sa concurrente de Monreale. On peut également suivre ces influences jusqu’au cœur du monde latin, dans des sanctuaires pourtant éloignés comme la cathédrale du Puy-en-Velay ou encore Saint-Philbert-de-Granlieu (Loire-Atlantique).De même les thèmes de la littérature arabe nourrissent largement l’imaginaire du roman médiéval. Motif essentiel de l’art d’Occident,​ l’arabesque,​ ornement « à la manière arabe », est un rythme ininterrompu,​ une végétation stylisée animée d’un mouvement sans fin concourant à d’inépuisables variations… Pour les musulmans à qui le Coran présente le paradis comme « un jardin sublime dont les fruits à cueillir seront à portée de la main »et que les voies de la conquête conduisent vers les jardins de Grenade et d’Ispahan,​ l’arabesque est une promesse d’infini. La noblesse latine établie dans les États de Terre sainte aux XIIe et XIIIe siècles faisait appel aux mêmes artisans qui fournissaient ses adversaires,​ reprenant à son compte l’iconographie islamique, ou à l’inverse christianisant le décor des objets d’art arabes.+
  
 ===== Philosophie ===== ===== Philosophie =====
  
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-Il est difficile de séparer l’apport en Occident de la pensée grecque, des commentaires et adaptations apportés par les philosophes arabes. C’est donc à travers l’œuvre des plus influents d’entre eux que l’on peut comprendre l’apport décisif de l’héritage grec dans la philosophie médiévale occidentale. Les corpus grecs sont lus et traduits au VIIIe siècle par les philosophes musulmans dans le cadre d’une réflexion sur des problèmes philosophiques contemporains se confondant dans la volonté de concilier héritage philosophique grec et révélation islamique. Cette tentative d’accorder philosophie et foi explique le succès de sa diffusion en Occident. Quelques philosophes du monde arabo-musulman connurent une renommée particulière en Europe : Al-Kindi (800-870) est considéré comme le fondateur de la falsafa (philosophie dans l’Islam) ; il introduisit Aristote dans le monde musulman puis, traduit en latin dès le XIIe siècle, dans la pensée chrétienne. Al Razi († 925) fut un penseur radical dont l’athéisme substituait à celle de la révélation une conception progressiste de la connaissance. Avicenne (987-1037) est considéré comme le plus grand philosophe du monde islamique oriental ; ses ouvrages, traduits en latin, furent introduits dans les bibliothèques occidentales dès le XIIIe siècle. Averroès (1126-1198) est un philosophe de l’Islam andalou, dont la renommée fut immense en Occident alors que sa pensée fut moins influente dans le monde islamique. Son œuvre philosophique consiste en une restauration commentée de la pensée d’Aristote dans son intégralité. C’est à travers son œuvre que les Latins introduisirent au XIIIe siècle le philosophe grec de manière décisive dans la pensée chrétienne. La doctrine aristotélicienne modifiée par le philosophe arabe qui lui sert d’introducteur pénètre au XIIIe siècle dans les universités chrétiennes qui viennent de naître. Certaines théories furent pourtant la cible de théologiens qui les jugèrent contraires aux dogmes chrétiens et l’opposition fut parfois vive. Mais cette interprétation ne disparaîtra jamais complètement puisque de nombreuses universités continuèrent à perpétuer ce que l’on a nommé l’averroïsme latin. 
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expo.txt · Last modified: 2017/02/28 06:04 by user

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